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Belle Gunness

Belle Gunness

Publié le 03/03/2009 à 12:00 par badclown
Belle Gunness
Informations personnelles

Belle Gunness est née Brynhild Storset, dans un petit village de pêcheurs sur la côte ouest de la Norvège.
Durant son enfance, les Storset vécurent dans la pauvreté qui frappait la famille par intermittence, causée par l’insuccès des diverses entreprises commerciales de son père.
Adolescente, Brynhild était triste, rondelette et plutôt laide, avec un caractère revêche. Toutefois, elle était intelligente et manipulatrice, des qualités qu’elle allait affiner par la suite.
Sa soeur, Anna, préféra partir "en Amérique" et épousa un homme appelé John Larson, à Chicago.
Sachant que sa petite soeur Brynhild s’ennuyait en Norvège, Anna l’invita à Chicago. Brynhild se précipita joyeusement vers le "Nouveau Monde" en 1881, à 21 ans.
Elle vécut avec sa soeur et son époux durant un moment, dans une communauté norvégienne grandissante, qui avait peu de contacts avec les "Américains ". Brynhild "américanisa" toutefois son nom en devenant "Bella" Storset, puis "Belle".

En 1884, elle rencontra un émigrant norvégien nommé Mads Sorenson, surveillant de magasin, un homme courageux et travailleur, qui voulait de nombreux enfants. Belle tomba amoureuse de lui et, à 25 ans, elle l’épousa.


Crimes et châtiment

En 1896, après 12 années de mariage, Belle Sorenson s’était lassé de son existence médiocre et s’ennuyait dans son ménage.
Cette même année, le couple ouvrit un magasin de confiserie dans l’espoir de mieux gagner sa vie, mais le commerce n’eut pas beaucoup de succès, et cela rappela douloureusement à Belle les échecs de son père en Norvège. En 1897, le magasin brûla lors d’un incendie provoqué, selon Belle Sorenson, par l’explosion d’une lampe à kérosène. La compagnie d’assurance paya bien qu’aucune lampe n’ait été trouvée dans les ruines fumantes.

Durant la même période, la fille la plus âgée du couple, Caroline, mourut de ce que le médecin de famille appela "des coliques aiguës". L’enfant n’avait pas souvent été malade auparavant et décéda brusquement, laissant derrière elle une mère apparemment très éplorée. La vie de Caroline avait été assurée, comme le magasin, et de l’argent fut versé aux Sorenson juste après le décès de la fillette.

Le couple utilisa l’argent des deux assurances pour acheter une grande maison. Malheureusement, le feu la détruisit complètement en 1898... pourvoyant d’autres payements d’une compagnie d’assurance.
La même année, le premier garçon du couple, Alex, mourut lui aussi de "coliques aiguës", et Belle Sorenson toucha à nouveau de l’argent. (Aussi bien pour la mort de Caroline que pour celle d’Alex, le médecin diagnostiqua que les enfants étaient morts de "coliques aiguës ", sans chercher plus loin, alors que les symptômes indiquaient qu’ils avaient été empoisonnés. Mais il est vrai qu’à l’époque, on ne pouvait pas procéder à des analyses poussées et l’on n’aurait jamais soupçonné qu’une femme tue ses propres enfants).

Comme ils l’avaient fait précédemment, Belle et Mads Sorenson utilisèrent l’argent des assurances pour acheter une nouvelle maison, encore plus grande.

Mads Sorenson ne travaillait plus depuis un moment : il souffrait d’une maladie du coeur et devait suivre un traitement contraignant. Le 30 juillet 1900, il mourut soudainement chez lui, avec les symptômes classiques d’un empoisonnement à la strychnine. Belle admit avoir donné à son mari "une poudre" pour l’aider à "faire passer son rhume", mais le médecin de famille ne demanda pas qu’une autopsie soit pratiquée. Il pensa qu’il était mort "d’une crise cardiaque".
(Toutefois, on apprit par la suite que Mads Sorenson était mort le jour même où deux assurances sur la vie prises à son nom doublaient leur valeur...).

La veuve Sorenson collecta l’assurance vie de son défunt mari (8000 dollars, une très grosse somme pour l’époque), vendit sa maison, et quitta Chicago pour s’installer à La Porte, dans l’Indiana, avec les trois enfants qui lui restaient. Deux étaient ses filles naturelles : Myrtle, née en 1897 et Lucy, née en 1899. La petite dernière, Jennie Olsen, avait été adoptée.

La Porte était une petite ville où vivaient beaucoup d’émigrés norvégiens. Mads Sorenson avait songé à s’y retirer "dans ses vieux jours" et en avait parlé à Belle.
Elle acheta une vieille ferme bordée par une forêt d’un côté et un verger de l’autre. Elle travailla dur et fit de la ferme une grande et belle maison, agréable à vivre, au soulagement de ses voisins, qui en avaient assez de vivre à côté d’une ruine.

En avril 1902, à 43 ans, Belle Sorenson épousa un fermier d’origine norvégienne, un grand blond barbu aux yeux bleus, appelé Peter Gunness.
Il amena à la ferme un petit garçon qu’il avait eu d’un précédent mariage, mais le bébé contracta rapidement une maladie et mourut. Peter Gunness n’eut pas le temps de s’attrister, car il fallait travailler aux champs et à la ferme. Irriguer, planter, semer, puis couper et récoler le maïs, le couple n’avait pas une minute à lui. Les enfants aidaient eux aussi en nourrissant les cochons, en nettoyant les épis, en ratissant... Peter et Belle Gunness faisaient souvent le marché pour vendre leur bétail ou échanger de l’engrais contre des outils.

Malheureusement, Peter Gunness décéda seulement huit mois après leur mariage. Le 16 décembre 1902, il fut tué lorsqu’un lourd broyeur de saucisses "tomba" de l’étagère où il était posé, directement sur son crâne. Belle Gunness reçut à nouveau de l’argent d’une compagnie d’assurance.
(Il y eut une enquête mais le shérif, malgré ses soupçons, ne put rien trouver de concluant et décida que la mort de Peter Gunness était bien accidentelle).

Un fils, Philipp, naquit malgré tout de leur brève union, en 1903.

Veuve pour la deuxième fois, n’ayant que les enfants pour l’aider à la ferme, Belle Gunness commença à embaucher des hommes qui travaillaient un moment puis, apparemment, s’en allaient. En tout cas, on ne les voyait plus.
Belle plaça également des annonces à la rubrique "Rencontre" d’un journal de langue norvégienne diffusé dans tout le Midwest, et reçu toute une série de "maris éventuels" dans sa ferme. Toutefois, aucun ne lui convint... et aucun ne fut revu par la suite.

Jennie Olsen disparut corps et âme en 1906. Lorsque des voisins demandèrent à Belle où elle était, elle répondit que sa fille adoptive avait été "envoyée en Californie, dans une école spécialisée".

Toutes ces disparitions auraient pu provoquer la suspicion, mais Belle Gunness était une femme appréciée, polie et sympathique. Blonde aux yeux bleus, dotée d’un physique "généreux" (elle méritait son prénom, selon les canons de beauté de l’époque), elle attirait les hommes et personne ne s’étonnait que des prétendants viennent chez elle. On pensa tout simplement que ces hommes étaient repartis chez eux.

Les gens de La Porte étaient discrets, gentils... et se mêlaient de leurs affaires. Ils admiraient Belle Gunness, qui restait souriante et forte malgré les malheurs qui l’avaient touchée (ses deux veuvages et la perte de deux de ses enfants).

Très tôt, le matin du 28 avril 1908, la ferme des Gunness fut ravagée par le feu. Presque tous les voisins tentèrent d’entrer pour sauver Belle Gunness et ses trois enfants, mais les flammes créaient un mur impénétrable. En peu de temps, il ne resta plus rien. La ferme, les bâtiments d’habitation et même les arbres alentours, tout avait brûlé.
Des volontaires, creusant dans les débris, découvrirent quatre corps carbonisés à la cave. Trois étaient de toute évidence des enfants. Le quatrième corps, une femme décapitée, fut considéré comme celui de Belle Gunness.

Tous les habitants de La Porte furent affligés et consternés. Pauvre Belle Gunness, pauvre Myrtle, Lucy et Philip...

Le Sherif Al Smutzer et ses adjoints, Leroy Marr et William Antiss, pensèrent immédiatement à un meurtre. Le juge local aussi. Le pasteur aussi. Les journaux locaux aussi. Les habitants de la ville, de même. Les voisins de Belle Gunness encore plus.
Tous les soupçons se portèrent sur un seul et même homme, Ray Lamphere.
Presque tout le monde en ville avait déjà entendu Lamphere proférer des menaces contre Belle Gunness après qu’elle l’ait renvoyé de sa ferme, en février de la même année. Il avait travaillé pour elle durant plusieurs années et ils s’étaient bien entendus. Lamphere s’était même vanté d’avoir "séduit" Belle Gunness et d’être prêt à l’épouser. Mais elle lui avait préféré un autre homme, un certain Andrew Helgelein, un grand gaillard d’origine suédoise. Belle avait mis Lamphere dehors pour récupérer sa chambre à la ferme, et y installer Helgelein jusqu’à leur mariage. (Helgelein avait disparu, lui aussi et Belle s’était plaint qu’il avait "profité d’elle" avant de partir).
Les adjoints interrogèrent Lamphere, qui n’avait pas d’alibi. Il fut arrêté et conduit en prison, dans l’attente de son inculpation. Il jura de son innocence, tant au shérif qu’aux journalistes, mais personne ne le crut.

Quelques jours plus tard, Lamphere se retrouva au tribunal et réalisa que les menaces qu’il avait proférées faisaient de lui un coupable idéal. Il n’avait pas assez d’argent pour engager un avocat. Le juge pensait qu’il avait tué Belle Gunness, mais il devait d’abord prouver que Belle Gunness était morte, que le corps de femme découvert dans les débris de la ferme était bien celui de la veuve.

Et, sur ce dernier point, les habitants de la ville commençaient à se poser des questions. Peu de gens croyaient que le corps sans tête fut celui de Belle Gunness car il était moins rond et plus petit, alors que Belle était corpulente.
Soudain, des doutes apparurent. Pourquoi tant de prétendants de Belle étaient-ils venu dans sa ferme et avaient-ils disparus, laissant souvent leurs effets personnels derrière eux ?
On avait vu Belle marcher dans les champs avec le long manteau de l’un d’eux, le chapeau d’un autre.
Où était la petite Jennie ? L’école où elle était censée s’être rendue, à San Francisco n’avait finalement jamais entendu parler d’elle.
Où Belle Gunness trouvait-elle tout son argent ? Elle vivait trop bien avec les maigres revenus que lui permettaient ses récoltes.

Début mai, des volontaires fouillant les gravas de la ferme découvrirent des montres d’hommes, des boutons de manteaux, des portefeuilles vides. Puis, une cage thoracique d’homme, récemment enterrée. Puis un bras de squelette. Et enfin, un squelette complet.
Le Shérif Al Smutzer, qui ne voulait pas qu’un scandale éclabousse la petite ville calme de La Porte, embaucha Joe Maxson (un ancien employé de Belle Gunness) et un voisin de Belle, Daniel Hutson, pour creuser discrètement dans les décombres, afin de voir s’ils trouvaient autre chose. Le Shérif cherchait plus particulièrement la tête de Belle Gunness et voulait que Maxson et Hutson ne parlent de leur découverte qu’à lui.

Mais les deux hommes ne purent se cacher pour creuser : les habitants de La Porte venaient presque quotidiennement sur le domaine de la ferme. Parfois, ils s’arrêtaient et se signaient pour détourner le démon qui couvait au milieu des ruines.

Le lendemain de la macabre découverte, un petit homme entra dans le bureau du Shérif et se présenta comme le frère d’Andrew Helgelein, du Dakota du sud, qui avait courtisé Belle Gunness au grand dépit de Lamphere, puis avait disparu.

Le petit homme, Asle Helgelein, savait que son frère Andrew était arrivé à La Porte en janvier 1908, pour retirer tout l’argent de son compte en banque "avec Belle Gunness à ses côtés". Asle Helgelein avait lu dans un journal que la ferme de Gunness avait brûlé et, puisqu’il n’avait plus entendu parler de son frère depuis qu’il était arrivé à La Porte, il était venu enquêter.
Asle expliqua que son frère avait répondu à une annonce de rencontre et que Belle et lui s’étaient écrit des dizaines de lettres en six mois. Belle Gunness avait demandé à Andrew de la rejoindre à La Porte, pour l’épouser. Asle trouvait étrange qu’après une correspondance si longue, et après qu’Andrew ait donné à Belle tout son argent (environ 1800 dollars), il soit parti sans laisser de nouvelles. Ça n’avait pas de sens.

Les lettres de Belle étaient terre-à-terre et la décrivaient comme "une gentille femme norvégienne " qui cherchait un époux fidèle, un amant et un homme qui l’aiderait à pourvoir ses besoins et ceux de ses enfants. En lisant les lettres, on pouvait toutefois réaliser que les motivations de Belle tournaient de plus en plus autour de l’argent. Elle voulait qu’Helgelein prenne son argent et vienne la voir le plus rapidement possible.

Le Shérif Smutzer pensa que Asle exagérait. Belle Gunness, selon lui, n’était pas une chercheuse d’or et sûrement pas une meurtrière. Mais Asle Helgelein ne fut pas convaincu par les arguments du Shérif. Il apprit que des gens creusaient la ferme de Belle Gunness et on lui dit que des objets (montres, portefeuilles...) avaient été trouvés dans la propriété. Asle pensa qu’il pourrait peut-être trouver un objet appartenant à son frère.

Il se présenta à Joe Maxson et Daniel Hutson et offrit de les aider. Il demanda à Maxson si Belle avait creusé un trou dans sa propriété, peut-être pour y enterrer des détritus ou des cendres, depuis janvier (date à laquelle son frère était à La Porte). Maxson répondit par l’affirmative. Il y avait une large fosse à ordures derrière la maison, près de l’enclos à cochons. Elle y avait jeté des vieilles chaussures, des os de cochons, des boîtes en fer blanc, etc.
Asle saisit une pelle et commença à creuser à l’endroit que Maxson avait désigné. Les deux autres hommes se mirent à creuser avec lui. Ils découvrirent des bottes, des cageots et des détritus. Mais ensuite, une odeur immonde les prit à la gorge. Leurs pelles heurtèrent quelque chose recouvert d’une toile cirée et de sacs de jute. La puanteur devint plus forte. Les trois hommes soulevèrent la toile et aperçurent un bras humain. Ils déterrèrent le corps décomposé d’un homme. Asle reconnut son frère.
Le cadavre d’Andrew Helgelein avait été démembré et les morceaux avaient été emballés hâtivement dans des sacs de farine et des tissus.
Le Shérif arriva sur les lieux et les fouilles continuèrent. Avant que la nuit ne tombe, les quatre hommes déterrèrent quatre autres corps, deux hommes et deux femmes, démembrés et emballés comme l’avait été Helgelein. L’une des femmes était la jeune Jennie Olsen, la fille adoptive de Belle Gunness, qui n’était donc pas partie en Californie.

La ville de La Porte se réveilla en poussant un cri de terreur. Belle Gunness, la gentille et solitaire Belle Gunness que tout le monde plaignait, était en fait une "veuve noire", une "madame Barbe Bleue" meurtrière.
Le Sherif Smutzer ne pouvait plus cacher la vérité au reste du monde et la calme La Porte devint un cirque médiatique du jour au lendemain. Des trains amenèrent des journalistes, provenant de villes aussi proches que Terre Haute, dans l’Indiana et aussi loin que Seattle ou New York. Ils s’installèrent dans le plus grand hôtel de la ville et son hall devint une véritable salle de presse. Jours et nuits, des fureteurs, des photographes, des écrivains erraient autour de la ferme de Belle Gunness. Ils interceptaient les résidents de la ville pour leur demander des renseignements sur Belle Gunness, quels qu’ils soient.
Beaucoup d’habitants la connaissaient et exprimèrent leur surprise. Mais à présent qu’ils y pensaient, les agissements de Belle Gunness avaient quelque chose de suspicieux. Tant d’hommes étaient passés chez elle et n’avaient jamais été revus...

Ainsi, on se demanda où était passé Ole Budsberg. Il avait lui aussi été un "futur époux potentiel" pour Belle. Il avait retiré 1800 dollars de son compte le 26 avril 1907, Belle Gunness à ses côtés, et avait ensuite disparu. Son fils avait écrit à la veuve pour savoir ce qu’il était devenu et Belle avait répondu que Budsberg était parti en Oregon.
Où était Olaf Lindbloe ? Fraîchement débarqué de Norvège, la trentaine, il avait été embauché par Belle Gunness durant l’été 1904. Il s’était installé chez elle... puis avait disparu. Belle Gunness avait affirmé qu’il lui avait fait faux bond et qu’il était finalement parti pour Saint Louis.
On se demanda aussi où était Henry Gurholt. Les commerçants de la ville se souvenaient de sa gentillesse et de la manière courtoise dont il gérait les affaires de Belle sur le marché. Il était arrivé au printemps 1905 et s’était installé chez Belle Gunness. En août, Belle avait demandé à un voisin de l’aider à entasser l’avoine parce qu’Henry Gurholt était parti travailler avec un vendeur de chevaux...
Certains ouvriers avaient travaillé à la ferme si brièvement que les habitants de La Porte ne connaissaient même pas leur nom. Ainsi, selon le boucher, un adolescent avait travaillé à la ferme durant l’été 1907 et était venu à La Porte plusieurs fois avec Madame Gunness, puis on avait cessé de le voir.

Et il y en avait eu d’autres...

Les fouilles continuèrent à la ferme et certains des hommes "disparus" furent découverts, démembrés comme les autres.
Parmi eux, on reconnu Budsberg, Gurholt et Lindbloe.
D’autres victimes furent identifiées. Le fermier John Moo (originaire d’Elbow Lake, dans le Minnesota) avait répondu à l’une des annonces de rencontres de Belle. On supposa que les autres hommes, anonymes, avaient fait de même. Un adolescent était enterré à côté de Jennie Olsen, sans doute le jeune inconnu aperçu par le boucher.
On trouva également, à un autre endroit, des chaussures de femme, un sac à main vide et un corset, qui appartenaient probablement à la femme décapitée et non identifiée découverte avec les enfants de Belle Gunness.
Il y eut une controverse sur le nombre exact de corps découvert. Le coroner de la ville identifia 10 hommes, deux femmes... et de très nombreux fragments d’os : on pense que Belle Gunness nourrit ses cochons avec les morceaux de corps d’autres victimes. Les hommes étaient enterrés ensemble dans la vase de l’enclos des cochons, et les femmes étaient dans un jardin tout proche. Il est possible que le total des victimes approchât en fait de 30 ou 40...

Les autorités commencèrent à douter des morts "naturelle" et "accidentelle" des deux époux de Belle. On apprit par la suite que même la petite Myrtle savait que sa mère avait assassiné son beau-père. Elle l’avait murmuré à l’un de ses camarades de classe, qui avait promis de garder le secret pour lui... jusqu’à ce que Myrtle meurt.

Les fouilles continuèrent et tout le monde espéra qu’on allait trouver la tête de Belle Gunness, qu’elle n’était pas parvenue à faire croire à sa mort pour s’enfuir. On ne découvrit que le "bridge" dentaire de Belle. Ignorant les nombreuses questions qui n’avaient pas trouvé de réponses, le coroner (poussé par le juge, le maire, le shérif et une partie de la ville) écrivit son rapport final le 20 mai, déclarant que Belle Gunness était décédée "des mains d’une personne inconnue".

Ray Lamphere, du fond de sa cellule, continua de jurer que Belle Gunness était encore en vie. Le 28 avril, expliqua-t-il, après que Belle ait mis le feu à sa ferme, il l’avait conduit à la gare de Stillwell, dans l’Indiana.
La police arrêta une veuve innocente, Flora Heerin, originaire de Chicago et qui allait rendre visite à des amis à New York. Elle fut rapidement libérée, mais porta plainte contre la police pour arrestation abusive.

Des hommes écrivirent au Shérif pour lui expliquer qu’ils avaient eux aussi correspondu avec Belle Gunness, mais que son grand intérêt pour l’argent les avait dissuadés de la rencontrer. Cela leur avait sauvé la vie.
Des familles du Minnesota, du Wisconsin, de la Virginie, de la Pennsylvannie, du Kansas et d’autres états contactèrent le Shérif Smutzer et le maire de la ville pour leur demander s’ils pouvaient leur indiquer ce qu’était devenu un fils, un frère, un père qui était parti rencontrer une "fiancée" à La Porte, dans l’Indiana.
George Barry avait quitté sa maison en juin 1905 pour "aller travailler chez une Madame Gunness". Il portait 1500 dollars sur lui... et n’avait plus jamais été revu.
Herman Konitzer avait retiré 5000 dollars de sa banque avant de se rendre à La Porte "pour épouser une riche veuve". Il avait disparu.
Abraham Phillips, un contrôleur de train à la retraite, avait pris 500 dollars et une bague en diamant avant de partir "épouser une veuve". Sa famille n’avait plus entendu parler de lui depuis, mais une montre à gousset de contrôleur avait été découverte dans les gravas de la ferme Gunness.
Emil Tell avait retiré 5000 dollars de son compte en banque et avait pris le train pour La Porte pour y rencontrer "une veuve". Il avait disparu.
Et la liste continuait. D’autres hommes avaient dit à leurs familles ou amis qu’ils allaient à La Porte : Olaf Jensen (un immigrant norvégien), Christian Hinckley (originaire de Chetek, dans le Wisconsin), Charles Nieburg (de Philadelphie), Tonnes Lien (de Rushford, dans le Minnesota), E.J. Thiefland (de Minneapolis),John E. Bunter (de McKeesport, en Pennsylvanie)...

Malgré tout, après un été long et très chaud, insupportablement long pour Ray Lamphere, l’accusation et la défense (un avocat volontaire, Wirt Worden) commencèrent le "procès du siècle" face au juge J. C. Richter.

Ray Lamphere plaida non coupable... et le combat commença dans un tribunal plein à craquer. Si l’avocat de Lamphere parvenait à prouver que Belle Gunness était toujours vivante, les arguments de l’accusation s’effondraient et son client ne pouvait être accusé de meurtre.
Et justement, Wirt Worden parvint à distiller le doute dans l’esprit des jurés. Les enfants pouvaient être morts d’un empoisonnement plutôt qu’asphyxiés par la fumée. La femme sans tête pouvait elle aussi avoir été empoisonnée et elle pouvait ne pas être Belle Gunness. Les dents trouvées dans les débris pouvaient ne pas être celles de Belle Gunness.
Le témoignage le plus intéressant fut celui d’un voisin de Belle Gunness, John Anderson, un homme fort respecté à La Porte, qui affirmait avoir vu Belle Gunness avec une autre femme 48 heures avant que la ferme ne brûle. La femme, une inconnue, assez corpulente, mais moins que Belle Gunness, avait été conduit à l’intérieur de la ferme par la veuve. Anderson ne l’avait plus revue.

Le 26 novembre, Ray Lamphere fut reconnu coupable d’incendie volontaire mais pas des meurtres, suggérant que les jurés avaient pensé que la mort de Belle n’avait pas été prouvée "sans qu’aucun doute ne persiste". Le jugement fut en fait un compromis, afin de satisfaire tout le monde...
Lamphere ne passa qu’un an en prison (il mourut de maladie le 30 décembre 1909), ne parlant que de l’affaire, accusant Belle Gunness de 49 meurtres qui lui avaient permis d’amasser 100 000 dollars (une fortune à l’époque) de ses victimes entre 1903 et 1908.
La femme sans tête aurait été rencontrée dans un saloon, embauchée pour soi-disant travailler à la ferme et assassinée pour faire croire à la mort de Belle. Cette dernière avait promis à Lamphere qu’elle le contacterait après s’être installée dans une autre ville, mais il semblait qu’elle ait changé d’avis.

En fait, quelqu’un vut Belle Gunness dès le 29 avril, six jours avant que les autres corps ne soient découvert. Le conducteur, Jesse Hurst, était certain que Madame Gunness était monté dans un train à la gare de Decatur, dans l’Indiana. Elle était allongée sur une civière et semblait malade.

Alors qu’il allait voir un ami de Belle Gunness, Almetta Hay, le 30 avril , un fermier de La Porte affirma qu’il vit Gunness assise, prenant tranquillement un café.
Lorsqu’Almetta Hay mourut en 1916, des voisins vinrent chez elle et fouillèrent un peu. Ils découvrirent un crâne de femme coincé entre deux matelas. Malgré tout, cette piste ne fut pas suivie et des questions ne furent pas posées...

D’après les rapports officiels, d’autres personnes affirmèrent avoir vu Belle Gunness. En 1917, un homme qui avait été son voisin durant son enfance la reconnut à l’hôpital South Bend où il travaillait comme élève infirmier. Il appela la police mais Belle Gunness disparut avant que les enquêteurs n’arrivent.
En 1931, un procureur de Los Angeles écrivit au shérif de La Porte, expliquant qu’une certaine Esther Carlson -accusée d’avoir empoisonné August Lindstrom, 81 ans, pour son argent- pouvait être Belle Gunness. Esther Carlson portait sur elle des photographies de trois enfants qui ressemblaient à ceux de Belle, mais la ville de La Porte ne pu se permettre d’envoyer son shérif à Los Angeles durant cette période (la Grande Depression) et la suspecte mourut de tuberculose avant son procès, laissant la question en suspend.
En 1935, des abonnés à un magasine de roman policier assurèrent que la photographie de Belle ressemblait beaucoup à la tenancière d’une maison close dans l’Ohio. L’un des lecteurs était allé voir la vieille femme et l’avait appelée "Belle". La dame eut une véhémente réaction et le mit dehors. Il en parla à ses amis, qui lui conseillèrent de laisser tomber. Ce qu’il fit.

Si Belle Gunness a effectivement "survécu à sa mort", elle fait partie (avec Bella Kiss) du petit nombre de tueurs en série qui, bien qu’étant identifié et devant faire face à de nombreuses preuves de leurs crimes, sont parvenu à échapper à la police et à continuer à vivre, dans l’anonymat.
Elle n’a laissé derrière elle que des rumeurs et des chansons populaires.

Source : Tueurenserie.org



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